L'entretien

 

Par J. SANCHEZ
Webmestre de VOTANTS.COM

 

 

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Présidentielle 2002 : VOTANTS.COM reçoit Jean-Marie LE PEN

2e partie (suite logique de la 1re) : La vie estudiantine de Jean-Marie LE PEN :

"Je n'étais pas un modèle estudiantin au sens où le rêvent les familles (...)"

> A 14 ans, vous fûtes pupille de la Nation et vous obtîntes un peu plus tard le statut de Boursier de l'Etat, ce qui vous permît alors de suivre des études secondaires à Vannes et Lorient (toujours dans votre Bretagne natale). Vous êtes alors mineur pendant vos études… et quelles études ! Diplômé d'études supérieures de Sciences Politiques, vous êtes aussi licencié en Droit… Un beau parcours que beaucoup aimeraient avoir (dont moi je ne vous le cache pas). Ces années-là vous ont beaucoup apporté j'imagine…
> Oui. Je dois dire que le quartier Latin où siégeait l'association dont j'ai été après le Président était pour moi une espèce d'Eldorado, de lieu magnifique et symbolique mais la vie y était dure… Mais je retrouvais dans cette association des camarades qui sont restés mes amis et qui ont constitué en quelque sorte ma famille, et je dois dire que cette fonction de Président de l'association des étudiants en Droit (avec les délégations qu'elle comportait au Conseil d'Administration de l'UNEF, de la Mutuelle Nationale des Etudiants de France dont j'étais un des fondateurs) a été en quelque sorte mon école politique (c'est là que j'ai appris à m'exprimer, à défendre mon point de vue et à choisir des options politiques que j'ai suivies depuis : je n'ai pas changé depuis).

> Alors ces années FAC furent aussi les années de vos premiers succès électoraux puisque, vous le souligniez, vous avez été élu à cette époque Président des étudiants en Droit de Paris mais aussi Président d'Honneur de la CORPO…
> Oui, absolument. J'ai été Président du Comité du bal du Droit, j'ai été Trésorier de l'association sportive, j'ai été membre du Comité du PUC, enfin etc. Toutes sortes de responsabilités qui constituaient autant d'approches en quelque sorte de la vie sociale à travers les problèmes des étudiants qui n'étaient pas minces à l'époque puisque (en particulier ceux que je fréquentais moi) étaient des étudiants pauvres (encore que, à la CORPO, il y avait toutes sortes de gens, il y avait aussi des gens qui ne l'étaient pas et il y avait une fraternité, une camaraderie, avec d'ailleurs un certain nombre de gens qui sont aujourd'hui des hommes politiques quelquefois d'options différentes des miennes). Par exemple : j'ai été des camarades de DREYFUS-SCHMIDT et puis de PONS, de Guy PENNE… J'ai eu Claude CHABROL dans mon Comité de CORPO (rires) entre autres (mais il y en a aussi beaucoup d'autres)… En un moment où, dans le fond, le quartier Latin se disputait entre les Communistes qui s'étaient emparés pratiquement de toutes les associations à la Libération et la réaction qui s'était faite et qui les a progressivement éliminés de toutes celles-ci à l'exception de La Sorbonne (c'est-à-dire de la Fédération des Groupes d'études de Lettres) dont d'ailleurs le Président était à l'époque Emmanuel LE ROY LADURIE.

> Alors là vos thèmes de campagnes n'étaient sans doute pas les mêmes… Quels étaient-ils ? Quel a été votre rôle en tant que Président des étudiants en Droit ?
> Ben l'association avait un rôle social : elle visait à défendre les intérêts des étudiants. Il y avait à ce moment-là une grande tendance qui était celle du syndicalisme dont le Conseiller d'Etat BOUCHET était un des leaders à l'époque (à l'UNEF) qui d'ailleurs avait des options internationalistes favorables à l'union internationale des étudiants qui à l'époque était à Prague (et qui était alors présidée par un jeune - le plus jeune je crois - député Communiste Tchèque qui s'appelait Giri PELICAN qui a ensuite d'ailleurs été élu Député Européen en Italie je crois dans le cadre du Parti Radical dont le Président est Marco PANNELLA). Marco PANNELLA qui était un de mes copains de l'époque et nous sommes restés amis depuis 50 ans bien que nous ayons des options politiques pratiquement opposées sur presque tous les sujets : ce qui prouve qu'à cette époque (mais il est vrai aussi qu'avec les Italiens c'est plus facile), l'on pouvait ne pas partager les options politiques et en même temps entretenir des relations cordiales. Cette Gauche universitaire définissait l'étudiant comme un jeune travailleur intellectuel, souhaitait qu'on lui donnât un présalaire : formes qui évidemment étaient des formes socialistes pour ne pas dire communisantes de la société… Et bien sûr nous, qui étions des libertaires et des patriotes, nous étions tout à fait hostiles à cette manière de financer les études : nous étions en faveur des Bourses, en faveur des prêts d'honneur remboursables laissant aux étudiants devenus des professionnels la liberté de leur établissement, de leur engagement et de leur profession.

> Ces années FAC sont aussi pour beaucoup les premières années de réelle indépendance : comment était l'étudiant LE PEN ? Etait-il un étudiant modèle, très sage, plutôt appliqué (même en dehors des cours) ? Etait-il au contraire plutôt turbulent une fois sorti des murs de la FAC ? Enfin savait-il rire, se détendre… et surtout, en avait-il le temps ?
> Pas du tout. Je n'étais pas ce que l'on peut appeler un modèle estudiantin au sens où le rêvent les familles. C'est vrai que l'extrême liberté qui était celle des études supérieures (contrastant avec les rigoureuses disciplines de l'enseignement secondaire) donnait une espèce d'ivresse et nous compensions, il faut le dire, notre pauvreté, notre manque de relations par une vie assez joyeuse plus proche de celle de MURJAIRE que de celle des énarques d'aujourd'hui (rires). D'ailleurs nous portions à l'époque (comme une espèce de défi) la faluche de velours, vous savez, constellée d'insignes d'étudiants qui était en quelque sorte la coiffure des étudiants moyenâgeux (rires) et nous étions les défenseurs des traditions. L'on faisait beaucoup de choses (je faisais en même temps du sport) mais je ne faisais pas de politique puisque j'étais Président de la CORPO et qu'en principe l'association était apolitique, mais enfin, quand la politique nous assaillais, eh bien nous nous défendions.
 

 

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