L'entretien

 

Par Julien SANCHEZ
Webmestre de VOTANTS.COM

 

 

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Présidentielle 2002 : VOTANTS.COM reçoit Jean-Marie LE PEN

1re partie : L'enfance et les racines Bretonnes de Jean-Marie LE PEN :

"Adolescent pendant la Guerre, j'ai su ce qu'était la faim... la vraie faim. Et la pauvreté dans beaucoup de domaines..."

> Jean-Marie LE PEN bonjour.
> Bonjour.

> Vous êtes le Président fondateur et en exercice du Front National. Député Français au Parlement Européen, vous êtes né le 20 juin 1928 à La Trinité-sur-Mer dans le Morbihan en Région Bretagne. Enfant du peuple, votre père Jean était pêcheur puis patron-pêcheur et votre mère Anne-Marie était issue d'une famille, d'une lignée de paysans… Vous pensez que ces origines à la fois modestes et populaires vous ont servi en politique ? Que c'est grâce à elles que vous êtes ce que vous êtes aujourd'hui ? Que c'est cela qui vous a au fond rapproché du peuple Français (il faut rappeler qu'en 1995 vous aviez dans votre électorat la plus forte proportion d'ouvriers) ?
> Je n'ai pas besoin de me forcer pour être un homme du peuple : je le suis, je suis d'une famille d'agriculteurs par ma mère et de patrons-pêcheurs par mon père et mon grand-père (mais qui eux-mêmes sont issus d'une longue lignée de paysans Morbihannais). Par conséquent, c'est peu de dire que j'ai les pieds dans la glaise même si j'ai la tête tournée vers le ciel. Il est évident que ces origines (mais plus peut-être ma vie elle-même) m'ont mis au contact d'abord du travail puisque j'ai consacré très jeune mes vacances, mes loisirs à la Mer et j'y ai reçu de la part de mon grand-père et de mon père (qui étaient des hommes justes mais fermes) l'éducation de base, la formation de base des marins de l'époque qui n'étaient pas tout à fait des poupées… (rires)… Bref, j'ai été, vous le savez, marin professionnel, et j'ai beaucoup navigué aussi comme amateur : j'ai traversé l'Atlantique, le Pacifique… J'ai également été mineur de charbon, mineur de fond, j'ai été métreur d'appartement parce que j'étais un étudiant pauvre et, la Bourse de l'Etat dont j'étais titulaire étant extrêmement modeste, je devais arrondir mes fins de mois (ce qui n'est pas peu dire). Mais cette vie m'a mis au contact des réalités. J'ajoute qu'ayant été adolescent pendant la Guerre, j'ai su ce qu'était la faim, la vraie faim… et la pauvreté dans beaucoup de domaines…

> Oui, votre enfance n'était pas comme celle de beaucoup d'enfants d'aujourd'hui avec les ordinateurs et toute la facilité que l'on peut avoir. Vous avez été formé à l'école de la vie si je puis dire…
> Oui. Oui, mais je ne le regrette pas. Je rajouterai qu'aussi bien à l'école primaire que dans les collèges que j'ai fréquentés, j'ai reçu une éducation de patriote, d'homme responsable et avec des convictions.

> Vous avez aussi exercé, vous le rappeliez, des métiers assez difficiles comme mineur, marin-pêcheur. Ce sont des tâches assez ardues…
> Marin-pêcheur étant d'ailleurs je dois dire le plus dur, beaucoup plus que celui de mineur parce que l'on travaille 20h par jour, sous tous les temps, alors que mineur (bon évidemment c'est au fond, il fait chaud mais on fait en fait 7 heures de travail réel) on a des loisirs, on a des repos, on peut voir ses parents, ses enfants (quand on en a), ses amis, avoir une vie sociale alors que le marin-pêcheur, lui, malheureusement, ne voit sa famille, ses enfants, ses amis, que rarement.

> Vous avez eu dans votre jeunesse un autre événement qui a dû être pénible à vivre : c'est la mort de votre père…
> C'est ça.
> A 14 ans…
> Oui.
> Vous pensez que cela a forgé votre caractère ? Que cela vous a aidé au fond à devenir un homme plus vite, trop vite peut-être ?
> Non. Bien sûr, j'ai été adulte (si on peut dire) relativement de bonne heure ; d'abord parce qu'en effet à 14 ans j'ai perdu mon père, que j'étais enfant unique mais ceci m'a donné le sens des responsabilités. Ma vie s'est déroulée à ce moment-là pendant la Guerre : j'avais par exemple pendant la Guerre, à l'âge de 16 ans, à la maison, un fusil Lebel et un revolver que mon père avait cachés… Bon, ma mère voulait s'en débarrasser à la mort de mon père, j'ai insisté et obtenu qu'on les garde mais c'était sous ma responsabilité et, il faut le dire, à l'époque, à tous risques puisque nous étions en zone interdite et que ces faits étaient punis extrêmement sévèrement par les autorités d'occupation et, à la Libération, j'ai tenté de gagner le maquis de Saint-Marcel avec mon revolver dans ma poche et j'ai dû je crois beaucoup plus à la chance qu'à ma prudence de pouvoir revenir intact.

> Et pour conclure avec ce chapitre douloureux de votre histoire, de votre vie, j'aimerais, si vous m'y autorisez, lire cette phrase que j'ai trouvée à la fois belle, touchante et émouvante parce qu'elle est vraie, et qui est de vous : " A la Mer allaient mon grand-père qui ne savait lire que dans les étoiles, et mon père qui, à 13 ans, était déjà cap-hornier, laboureurs de la Mer, trop longtemps pour l'un, trop brièvement pour l'autre, englouti avec sa Persévérance "… Je crois que cette phrase se passe de commentaires et parle en tous cas d'elle-même ; cependant, si vous souhaitez en faire un (commentaire), vous avez la parole…

(Jean-Marie LE PEN, visiblement ému, laisse un blanc de 9 secondes avant de reprendre)

> Ma lignée, mes parents, faisaient partie de ces hommes intelligents qui n'avaient pas eu (pour mon grand-père du tout) la chance de connaître l'école puisque à la mort de son père qui avait 14 enfants, il a dû travailler à l'âge de 5 ans (c'est-à-dire on l'a mis berger en quelque sorte pour le prix de sa nourriture) et mon père, qui était un brillant sujet, a dû quitter l'école, lui, à l'âge de 13 ans pour s'embarquer sur un 3 mâts cap-hornier (ce qui était une forme de navigation extrêmement dangereuse et extrêmement pénible, surtout pour un adolescent, un petit garçon en quelque sorte). Je vous donne, à titre d'information : Il est parti donc en 1914, dès que son père est parti au front (en août 1914), il est parti à Ipswich en Angleterre pour son embarquement. Alors imaginez un petit garçon, avec son baluchon, partant, traversant la France, Paris, la Manche, l'Angleterre, pour arriver au lieu de son bateau. Ce sont des performances que l'on n'oserait pas demander aujourd'hui bien sûr à des gens de cet âge-là. Mais, si vous voulez, la vie des marins de l'époque était dure. Elle était dure pour les marins eux-mêmes, elle était dure pour leurs familles, pour leurs femmes et elle faisait d'eux tout de même un monde à part. Les miens, ayant toujours été des patrons-pêcheurs (c'est-à-dire des artisans) étaient des chefs d'entreprise en fait, des responsables et je crois que ces métiers exigent aussi des gens intelligents et je regrette beaucoup la méthode actuelle qui consiste à écrémer l'ensemble de la jeunesse pour envoyer les gens dans des bureaux ou au chômage, cela ne me paraît pas forcément être la meilleure solution aux problèmes de l'économie équilibrée.

> Merci beaucoup pour ce témoignage.

 

 

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